QUAND LA LIBERTÉ D’EXPRESSION S’AFFICHE AUX BALCONS

Depuis le début de la période de confinement Covid-19, entre pénurie de masques et dépistages tardifs, surgissent  la colère, la révolte contre la gestion de la crise sanitaire, tant sur les réseaux sociaux avec les hashtags #IlsSavaient, #OnOublieraPas, que sur les banderoles, qui fleurissent désormais aux balcons et fenêtres. Sous forme de slogans de soutien aux soignants mais aussi de critiques incisives vis-à-vis des politiques libérales.

Connue désormais comme la «Manif des fenêtres», celle-ci se répand dans les grandes villes, les bourgs et dans les villages. Le Finistère ou Penn-ar-Bed en breton, n’y  déroge pas. Plonévez-Porzay, Douarnenez, Tréboul, expriment aussi bien leur reconnaissance aux soignants, que leur colère sociale. Ces banderoles, moyens d’expression silencieux sont les témoins du présent et, dans le temps, archives du passé et de la mémoire collective.

La ruralité n’est pas en reste

Pour éviter la propagation du coronavirus, les habitants de Plonévez-Porzay ont certes parfaitement respecté le confinement en restant chez eux mais ont néanmoins point confiné leur liberté de penser. Une banderole accroche le regard et interpelle «La santé n’est pas une marchandise» en réponse à l’appel du Réseau européen contre la privatisation et la commercialisation de la santé pour l’opération «Drap blanc» organisée le 7 avril lors de la Journée mondiale de la santé 2020.


DOUARNENEZ AUX TOURNANTS DE L’HISTOIRE

Douarnenez n’a rien perdu de son esprit de combattante, à l’instar des Penn Sardin, ces femmes de caractère travaillant d’arrache-pied dans les conserveries dans les années 1920. Des Bretonnes, qui n’ont point plié ni se sont rompues, qui sont sorties de leur usine pour une grève de 6 semaines («La grève de la misère») sans céder aux intimidations. Fenêtres et balcons des maisons douarnenistes se parent aussi de banderoles, sont devenus des espaces de soutien aux soignants et de  revendications dénonçant les responsabilités de l’État dans la crise sanitaire actuelle appelant aussi à l’union quant à la lutte contre le virus Covid-19. Certaines n’hésitent pas à faire  référence à une période sulfureuse de l’histoire de France sur un ton caustique et humoristique en détournant la devise officielle «Travail, Famille, Patrie» du gouvernement de l’État français dit «régime de Vichy» en «Télétravail, Pâtes, Riz». Une crise sanitaire, qui confine certes la population finistérienne mais pas leurs consciences et met leur indépendance d’esprit sur le pont.


POUR TRÉBOUL, CONFINER N’EST PAS JOUER

Dans les rues calmes et désertes de Tréboul, un vent de colère secoue la station balnéaire, devenue fantomatique à l’heure du confinement, alors si animée tout au long de l’année. Des banderoles d’indignation et de révolte foisonnent aux  fenêtres et balcons, mais sans jamais oublier le soutien aux soignants. Des banderoles intemporelles, au langage protestataire silencieux et puissant de par le pouvoir des mots, qui captivent les regards. Et lorsqu’on ne connaît pas, on découvre. Une d’entre elles reprend une chanson militante «On S’ra Là» du répertoire «Les Glottes Rebelles». Une autre en hommage au corps enseignant, à la police, aux livreurs, commerçants, soignants, agriculteurs… Sous la pluie ou en plein soleil, ces expressions et messages sur draps blancs s’accordent en partitions libres pour nous rappeler que nous ne sommes pas en guerre mais en pandémie, et qu’une société équilibrée et dynamique a besoin de toutes ses composantes.


Crédits

Texte et photos Ghislaine FÉREC

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