LE COVID-19 OFFRE UNE RÉMISSION AUX RESSOURCES MARINES

Première région de pêche en France, la filière halieutique de la région Bretagne est plongée dans la brume et navigue à vue. Bien qu’autorisée  à sortir en mer, face à la réponse sanitaire à la pandémie de Covid-19 et le confinement, celle-ci voit ses principaux débouchés tels que l’approvisionnement des marchés, restaurants, cantines, l’exportation désormais impossibles. Des bateaux à quai dans des ports en pause forcée et certaines unités côtières qui continuent à prendre la mer, malgré tout. Une situation « ricoché », qui créé une fenêtre d’opportunité à saisir pour la faune marine.

Alain BISEAU

SURSIS ÉPHÉMERE OU IMPACT CERTAIN ?

Cette période de répit pour l’écosystème marin obscurcit l’horizon déjà terne de la filière de la pêche, après trois mois de tempêtes hivernales suivis de la pandémie du Covid 19. Bien que ce ralentissement de l’exploitation d’une partie du milieu marin devrait avoir des conséquences bénéfiques sur son écosystème et le processus de reproduction des populations de poissons, il est néanmoins impossible actuellement d’en évaluer la portée ni d’évoquer un impact à long terme.

Alain Biseau, biologiste à l’Ifremer et membre du comité d’avis du Conseil International pour l’Exploration de la Mer nous apporte son expertise de professionnel à ce sujet: «C’est probable mais il est encore trop tôt pour le dire. Ce qui importe aux ressources marines, ce n’est pas que le fait que la pêche s’arrête quelques semaines, c’est le total des prélèvements qui peuvent être effectués au cours d’une année. Si on s’arrête trois mois et qu’au bout du compte on compense, cela n’aura pas l’effet escompté. C’est tout l’enjeu des arrêts temporaires, que l’on peut prendre pour préserver la ressource mais si au bout du compte on compense, il n’y a pas d’effet bénéfique sur la ressource. Plus la période où la pêche est ralentie est longue et moins il y a de probabilités que les pêcheurs puissent compenser le déficit de captures, une fois que la reprise aura lieu. Si la baisse actuelle des captures n’est pas compensée plus tard dans l’année et si les captures totales sur l’ensemble de l’année sont inférieures à celles qui auraient pu avoir lieu en l’absence de Covid-19, alors l’impact sur les ressources marines sera positif. Il est encore trop tôt pour une conclusion définitive, il faudra attendre le bilan, qui sera fait en début d’année prochaine, lorsque l’on pourra observer l’ensemble des informations.»

Ambiance figée en ce matin de lundi de Pâques sur le port de Douarnenez, où seul un gros chalutier de haute mer et 2 petites unités côtières déchargeaient leurs prises devant une criée fermée, habituellement en pleine effervescence. Certains essaient  un tant soit peu de limiter les dégâts : «Il faut essayer de travailler. Ce n’est pas le poisson qui manque, ce sont les clients.» rapporte un patron pêcheur.

* Photo en haut à gauche: Chalutiers à quai dans le port de Douarnenez.
* Photo en haut à droite: Ambiance morose dans le port de pêche du Rosmeur au ralenti.
* Photo en bas à gauche: Des caseyeurs à quai dans l’attente de lendemains meilleurs.
* Photo en bas à droite: Frappée de plein fouet par le manque de débouchés, l’avenir de la pêche inquiète.

* Photo en haut à gauche: La pêche hauturière garde sa première place de premier fournisseurs de poissons, particulièrement pour les grands comptes.
* Photos suivantes: Déchargement de la dernière campagne de pêche pour ce chalutier hauturier.

* Photo en haut à gauche: Un nombre inhabituel de portes de quais de chargement restent closes à la criée de Douarnenez.
* Photo en haut à droite: Une fois le coup de senne donné, retour au port après plusieurs heures en mer.
* Photo en bas à gauche: Dans cette pêche à deux temps, les lignes (bahots) posées, c’est le retour au port.
* Photo en bas à droite: Après l’angoisse de la calle vide, vient celle du manque de clients.
* Photos: Cette fois-ci encore et dans le respect des plus pures traditions, le marché local sera approvisionné en espèces emblématiques.

Reste à considérer également deux paramètres non négligeables : la surpêche et l’augmentation croissante de la consommation humaine. Lorsque l’ère post-COVID-19 sonnera enfin, peut-être serons-nous aptes à en tirer une quelconque leçon et envisager une méthode de gestion des océans.


LE PHÉNOMENE DE LA GUERRE

Que ce soit durant la première guerre mondiale ou durant la seconde, l’écosystème marin a su dans le temps des hostilités pendant la seconde guerre mondiale, ré-investir et se réapproprier les espaces. Sous l’occupation allemande, les pêcheurs furent autorisés à continuer leurs activités dans certaines zones désignées pour répondre aux besoins d’approvisionnement de la population mais bon nombre de bateaux de pêche furent convertis en bateaux de ravitaillement, permettant ainsi  l’augmentation de la taille et le nombre des stocks marins et des populations de poissons plus gros, comme le précise Alain BISEAU : « L’époque que l’on a tous en tête, est la période après la seconde guerre mondiale, pendant laquelle il y a eu un arrêt de la pêche pendant quasiment 4 ou 5 ans. On a vu une augmentation très importante des ressources, parce qu’elles ont été plus tranquilles pendant plusieurs années, elles ont eu le temps de se reproduire. » L’industrie de la pêche a su judicieusement tiré parti des nouvelles technologies telles que le sonar et le radar, pour la localisation  et la poursuite des bancs de poissons permettant des records de captures significatifs.

Dans l’immédiat après-guerre, les bancs de poissons pullulaient dans la baie de Douarnenez

Crédits

Texte et photos Ghislaine FÉREC

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